POLLY & THE FINE FEATHERS

POLLY & THE FINE FEATHERS

Polly & The Fine Feathers est né de la rencontre entre la folkster Pollyanna et deux jazzmen érudits: un batteur de New Orleans également professeur de gamelan à La Cité de la musique (Abdesslem Gherbi) et un contrebassiste omnivore (François Fuchs). Ils viennent d’horizons musicaux différents, mais ont en commun un goût certain pour le sud des Etats-Unis, où ils ont beaucoup tourné avec leurs projets respectifs. L’album présente notamment quelques ballades écrites par Pollyanna, aka Isabelle Casier, lors d’un circuit solo dans le Tennessee, en 2012. Elle arpente en effet les scènes d’ici et surtout d’ailleurs depuis de longues années, dans la plus pure tradition des songwriters à l’anglo-saxonne. En France, on la connaît pour un bel album indie-rock, The Mainland (2013, Vicous Circle) et ses affiches partagées avec Shannon Wright, Sleater Kinney, Alela Diane, Wilco, ou encore Dominique A et Françoiz Breut (avec lesquels elle a collaboré le temps d’un duo). Abdes a quant à lui écumé les clubs de Caroline et de Louisiane avec son quartet Dirty Rice et François Fuchs voyage depuis vingt ans avec les formations free jazz les plus pointues (Return of the New Thing, Quinte & Sens).

COUNTRY BLUES COSMOPOLITE
Avec ces Fine Feathers, Pollyanna prend donc des couleurs volontiers sudistes ou country blues, évoquant Jolie Holland, Moriarty ou de grands classiques comme Patsy Cline. Et s’offre de belles échappées vers les musiques traditionnelles, au gré des sonorités et d’allusions décomplexées: un motif blues, une touche de biguine, une phrase baroque à la contrebasse… Leurs inspirations sillonnent les océans, les cultures et les époques. Leur son rétro, chaud et humide, trempe sciemment dans la bombance sixties, mais s’éclaire ici et là d’un violon virevoltant, de cuivres délicats ou d’une scie musicale. Et même d’un kazoo, d’ordinaire à la limite du bon goût, on en convient! Le trio multiplie ainsi les clins d’oeil ludiques, tout en conservant la chaleur mélancolique d’un songwriting sincère, qui porte autant d’attention aux mélodies qu’à des textes trahissant les délices littéraires d’Isabelle.

DRÔLES D’OISEAUX
Sous couvert de classiques thèmes sentimentaux, les paroles aiment fouiller les références culturelles plus ou moins convenues: le romantisme stricto sensu (A Landscape), la psychanalyse (Last Night), Noël (Chocolate Jesus), et même la préhistoire (Chasing Mammoths, qui parle à la fois du peuplement de l’Amérique et des migrations humaines contemporaines). L’anglais, langue du tourisme, des affaires et des réseaux sociaux, est en effet pour Isabelle une réserve inépuisable d’images et de clichés qu’en observatrice gourmande du présent (elle est journaliste de formation) elle triture autant que possible.

L’exercice de la chanson, léger et intense à la fois, convient parfaitement à cette entreprise sans prétention. Une ambition discrète, à l’ombre de compositions flatteuses qui rendent l’ensemble très accessible, même à qui n’irait pas plus loin que la voix, fort belle d’ailleurs, de la chanteuse. Polly & The Fine Feathers n’obligent personne à les prendre au sérieux. Mais ceux qui voudront s’attarder sur leur disque ne seront pas déçus. Le nom du groupe vient d’un proverbe en anglais, «Fine feathers make fine birds», ce qui signifie littéralement «les belles plumes font les beaux oiseaux» et de façon plus idiomatique «l’habit fait le moine». Voilà donc le programme: la sobriété d’une guitare sèche parée des atours du jazz. Un album haut en couleurs et riche en histoire, qui ne demande à son auditeur qu’une touche d’imagination pour s’approprier chaque morceau et en faire un nouvel horizon d’évasion.

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