THE MAINLANDPollyanna jette un dernier regard sur la vieille Europe chargée de souvenirs, avant d’embarquer pour le Nouveau Monde, la guitare sur le dos. Du moins c’est l’histoire que suggère « The Mainland », deuxième album du projet à géométrie variable d’Isabelle Casier.

On a découvert Pollyanna en 2008 grâce à « On Concrete » un premier disque hivernal influencé par les origines d’Isabelle, née et élevée dans le Nord, à la croisée des cultures française, anglaise et belge. On avait été séduit notamment par sa voix claire qui réchauffait le cœur et la magie d’arrangements audacieux qu’on aurait aimé voir touchés par la même reconnaissance que The Do à l’époque. Mais Isabelle n’aime pas les étiquettes, et celle de folkeuse française qui chante (même bien !) en anglais la fatigue vite. En effet malgré son attirance naturelle pour les accords mineurs et les mélodies plutôt mélancoliques, son caractère enjoué, ses gouts résolument noise et ses expériences à l’étranger (Europe, Etats Unis, Amérique du Sud…) ouvrent le champ des possibles électriques à une musique qui bat à tous les vents pop, rock et folk.

Propulsée à la fin des années 90 avec son premier groupe, John, à Marseille, par des premières parties aussi éclectiques que significatives (Dominique A, Diabologum, Sleater Kinney…), Isabelle fonde à Paris Pollyanna, longtemps duo, avant de prendre la route en solo. Usant du système D pour écumer les clubs anglais, allemands et new-yorkais, elle va jusqu’à se frotter aux origines dans un Tenessee qui l’accueille à bras ouverts. Cela lui apportera à la fois une certaine liberté, une grande autonomie et de nouvelles rencontres qui recomposent son paysage artistique et humain. Logiquement, à partir de 2010 elle se fait accompagner sur scène de musiciens de différents horizons dans des formules variables avec, notamment, un contrebassiste parisien, un batteur/percussionniste breton, une violoncelliste bordelaise, une altiste canadienne et un violoniste allemand. On peut dès lors parler de groupe, ce qui contribuera à ouvrir le spectre des couleurs de « The Mainland » auquel tous ont participé.

PollyannaSpringAvatarL’évocation de toutes ces cordes (sans oublier les guitares et le banjo d’Isabelle) pourrait faire croire que ce nouvel effort coule dans le mouvement folk qui l’a fait connaître. Et cet esprit imprègne bien le cocon boisé de « Real Life » qui ouvre l’album, le nonchalant « Bruxelles » (ce n’est pas un hasard si elle a écrit pour Françoiz Breut) et « My favourite song » la bien nommée (morceau phare du EP sorti au printemps 2012). Mais Pollyanna adore les volts et la batterie et de fait la richesse de « The Mainland » repose sur une rythmique inventive qui l’amène à créer une cartographie étendue des styles musicaux qui lui tiennent à cœur : power pop (Old Rockers), country (Broadcast in heaven), steady (Tiger), voire carrément calypso (I wish I worked in a factory).

La richesse de la construction et des arrangements des douze titres de cet album ne doit pas faire oublier un parti pris de résistance à l’adversité, de droiture avec un reste d’utopie romantique qui se traduisent aussi bien dans les textes que dans le son : ça claque, ça grince, ça frotte, ça attaque… Et la voix d’Isabelle rayonne au milieu de tout cela, posée et claire en toutes circonstances, accompagnée parfois d’un clavier vintage ou de chœurs qui apportent un peu de moelleux à des mélodies d’une exceptionnelle fluidité.

« The Mainland » joue sur tous les registres de la nostalgie avant de nous inviter au voyage. Car comme Pollyanna le prouve avec éclat, le salut ne réside que dans le mouvement. « I’m moving on »

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